Amaya amorce une nouvelle dynamique dans l'univers du pari

Russell Potvin, 28 Août 2015
Amaya et poker en ligne aux USA

Depuis l'acquisition de Rational Group en juin 2014 lors d'une grosse transaction chiffrée à 4,9 milliards de dollars américains, Amaya Gaming s'est développé dans plusieurs domaines de jeu, dont celui du casino en ligne.

Cependant, avec le grand boom que connaissent les paris sportifs ces derniers temps, le lancement imminent d'une salle de poker portant la marque PokerStars au New Jersey, et le rachat de Victiv (un site de sports fantasy journalier rebaptisé StarsDraft) par Amaya, les casinos en ligne n'ont plus vraiment été à l'ordre du jour.

Sur la base des informations issues du rapport présentant les états financiers d'Amaya lors du second trimestre, cet état de choses n'aurait pas dû être, car un casino en ligne portant la marque PokerStars/Full Tilt pourrait générer plus de revenus aux États-Unis pour Amaya que tout autre secteur.

Le casino en ligne de PokerStars est déjà grand...

Au premier trimestre 2015, le poker en ligne représentait environ 95% des revenus d'Amaya. Vers la fin du deuxième trimestre, ce chiffre est passé un peu en dessous de 90%, avec les activités de casino en ligne qui représentaient 11% (36 millions de dollars canadiens) du revenu total de cet opérateur. Cela équivaut à un bénéfice de 78% d'un trimestre à l'autre pour le casino en ligne.

Bien entendu, l'obtention de cet excédent a été facilitée par la mise en place de machines à sous et de jeux avec croupiers en direct vers la fin du premier trimestre. Néanmoins, cela n'enlève rien au fait qu'Amaya ait connu un franc succès en promouvant les jeux de casino auprès de ses joueurs de poker. Le succès a été tel qu'environ 320 000 personnes ont joué sur son casino en ligne au cours du deuxième trimestre, soit l'équivalent de 25% des joueurs actifs.

Cependant, au regard des perspectives immédiates envisagées par Amaya pour le casino en ligne, ces statistiques pourraient paraître insignifiantes en comparaison à ce que nous verrons dans les six prochains mois.

... et grandira encore plus

Ce qui est vraiment remarquable à propos des prouesses réalisées par Amaya dans l'arène du casino en ligne jusque-là, c'est le fait que l'opérateur ait réussi à conquérir une part importante du marché malgré l'absence d'une campagne de commercialisation ciblée, d'une application de casino mobile autonome, d'une application web et d'une grande sélection de jeux de machines à sous. Si Amaya parvient à son objectif, toutes ces lacunes flagrantes auront été corrigées avant même la fin de l'année 2015.

Le nombre de terminaux de machines à sous virtuelles a déjà été augmenté d'environ 25% au lancement, ce qui a apporté le total à près de 80 titres. Le lancement d'une application mobile sera une aubaine encore plus grande pour l'opérateur, tout comme le sera une campagne de publicité qui attirera potentiellement des millions d'inscrits sur PokerStars/Full Tilt.

Globalement, il devient difficile d'envisager un scénario dans lequel le casino ne connait pas une croissance exponentielle. Même Eilers Research, connue comme l'une des firmes les plus réalistes (et aussi les plus fiables) intervenant à propos de l'industrie du jeu en ligne, semble être du même avis.

Dans son dernier rapport sur Amaya, intitulé « AYA: Analysis of Q2 2015 Results & Updated Outlook », Eilers prévoit qu'Amaya enregistrera un profit de 180 millions de dollars canadiens grâce à ses activités de casino en ligne au cours de l'année 2015, ce qui représente une augmentation de 10% par rapport à ses prévisions initiales.

En outre, la firme de recherche a affirmé que le casino en ligne générera 334 millions de dollars canadiens en seulement deux ans, ce qui constitue une hausse de 86% par rapport à ses estimations de 2015. Ce n'est pas mal, surtout pour une entreprise qui n'a proposé que du poker en ligne au cours de ses 13 premières années d'existence.

Perspectives américaines

Avant le Black Friday, PokerStars et Full Tilt étaient les noms qui prédominaient dans l'industrie américaine du poker en ligne, mais les temps ont changé. Le duo est absent du marché américain depuis près de quatre ans et demi, et pendant ce temps, de nombreux anciens joueurs de poker en ligne ont soit migré vers les jeux en direct, soit complètement abandonné le jeu.

Comparez cela à la situation en Europe où, selon Poker Industry Pro via PokerScout.com, PokerStars et Full Tilt représentent désormais 63% des revenus issus des jeux en ligne, et constituent une part encore plus importante du marché des tournois.

Cela signifie que les produits de casino d'Amaya n'auront pas droit à la même concurrence féroce aux États-Unis comme c'est le cas en Europe. Quoi qu'il en soit, le poker et les jeux de casino seront presque sur le même pied d'égalité.

Sauf bouleversement majeur, le premier État dans lequel Amaya établira ses bases est le New Jersey. Les deux opérateurs (PartyPoker NJ et WSOP/888) qui offrent déjà le poker et les jeux de casino dans cet État génèrent plus du double des revenus à partir de leurs produits de casino. Les jeux de casino constituent en effet à eux seuls 85% des revenus du jeu en ligne. Même la perspective de jouer au poker sur PokerStars n'aura peut-être pas suffisamment d'effets pour que les joueurs du New Jersey puissent combler ce déficit.

A plus long terme, la situation devient plus compliquée dès que d'autres États entrent en ligne de compte. Parmi les trois principaux États qui examinent actuellement la législation du jeu en ligne, deux (New York et la Californie) ont introduit des lois portant exclusivement sur le poker, et seule la Pennsylvanie envisage une mise en place complète des jeux. Il n'y a pas non plus de casino en ligne dans l'industrie déjà régulée du Nevada. Qui plus est, étant donné que les États forment des alliances entre eux, ce sont les revenus du poker en ligne qui bénéficieront de ce partage de financement, et non ceux des jeux de casino.

Par conséquent, identifier l'endroit où Amaya génèrera la plus grande part de ses revenus à long terme aux États-Unis dépendra de trois variables :

Le nombre d'États qui légalisent le poker en ligne au détriment du pari en ligne.

Le nombre total d'États qui légalisent le jeu en ligne sous toutes ses formes.

Le pourcentage des amateurs de poker en ligne qui peuvent jouer avec les joueurs d'autres États.

Dans l'un ou l'autre des cas, il est fort probable que dans chaque État ayant légalisé le poker en ligne ainsi que les jeux de casino, Amaya se fasse plus d'argent avec les machines à sous et les jeux de table et de hasard qu'avec le Texas Hold'em et le Pot Limit Omaha.