Avis des croupiers sur les conduites méprisables des gros parieurs

Russell Potvin, 09 Août 2015
Comportements scandaleux des gros parieurs

A Uncasville dans le Connecticut : Un gros parieur demanda un réfrigérateur rempli de bananes qu'il mangeait et dont il jetait les peaux pendant qu'il pariait. Un autre urina contre un mur.

Un superviseur du Mohegan Sun, l'un des plus grands casinos au monde, affirma que certains gros parieurs jettent des chaises, crient sur les croupiers et s'attendent à ce que des exceptions soient faites pour eux à la table de jeu.

Etant donné la grande concurrence que se livrent les casinos pour attirer les plus gros parieurs, ils leur en mettent plein la vue avec des chambres d'hôtel, des repas et des pourcentages de remise sur les pertes. Toutefois, certains croupiers affirment que les efforts fournis en vue de satisfaire et de fidéliser les joueurs appelés « baleines » vont bien plus loin. En effet, les établissements tolèrent les abus et font preuve d'une courtoisie à outrance qui remet en question l'intégrité des jeux.

« Tous les hommes sont égaux, sauf dans un casino » affirmait Glen Costales, le superviseur de l'établissement, lors d'une audition devant une commission de l'industrie du jeu en mai. Les transcriptions de l'audience ont été obtenues par l'Associated Press. « Si c'est un joueur VIP, il s'en tire pour avoir commis des délits bien plus graves que ceux d'un joueur ordinaire ».

Costales témoignait en faveur d'un responsable de casino, Maria DeGiacomo, qui fut congédiée au cours de cette année après que le casino l'ait accusé de complicité avec un gros parieur, pour avoir autorisé des paris tardifs à une table de blackjack. DeGiacomo et les autres employés affirment que les croupiers accèdent fréquemment à des requêtes similaires lorsqu'elles sont formulées par de gros parieurs.

Matthew Menchetti, le joueur en question, était un habitué qui perdit la bagatelle de 50 000 $ lors de sa visite au Mohegan Sun, ce qui porte à un million de dollars le montant total qu'il a perdu au cours de sa carrière de parieur. La sécurité du casino déclara suspecte sa façon de jouer en février et demanda à la police d'État de l'arrêter, lui ainsi que deux croupiers. Toutefois, le détective conclut que selon un rapport de police, DeGiacomo et un autre croupier avaient apparemment pris sur eux de satisfaire Menchetti et de lui permettre de continuer à jouer, et aucune accusation ne fut portée contre lui.

Son avocat, John Strafaci, déclara que Menchetti souhaitait que sa réputation soit lavée par la commission des jeux, étant donné que la police d'État l'avait disculpé. Il affirma que ce que son client faisait était normal pour un joueur de son calibre.

Raymond Pineault, le président de Mohegan Sun, affirma que le fait d'avoir licencié les croupiers impliqués et banni le joueur est une preuve que le casino ne tolère aucune entorse aux règles.

Shane Kaufmann, vice-président d'une filiale du Transport Workers Union à Las Vegas et représentant de plusieurs milliers de croupiers de casino, déclara que les règles sont souvent ignorées aux tables à enjeux élevés.

« Les casinos prétendent qu'ils ont des règles aussi strictes que celles d'une banque ou d'un poste de police. Sont-ils censés autoriser les paris tardifs ? Absolument pas. Le font-ils tout le temps ? Absolument ! » déclara Kaufmann, un croupier qui fut lui-même témoin de beaucoup d'actes répréhensibles. « L'abus, les cris, la tricherie, le harcèlement sexuel, le fait de jeter les objets, toutes ces choses empirent chaque fois ».

Les commissions de jeu imposent les règles dans les casinos dans tout le pays, mais le niveau de surveillance peut varier en fonction de la juridiction. Les croupiers affirment que les inspecteurs d'État d'Atlantic City ou du New Jersey par exemple, ont la réputation d'être tenaces. Dans le Connecticut, l'État n'a aucun contrôle sur les jeux de table tenus au Mohegan Sun et à Foxwoods, où les tribus qui possèdent les casinos dirigent également leurs propres commissions de jeu.

Costales, qui mentionna l'exemple du parieur mangeur de bananes et de celui qui urinait en public sans révéler leurs noms dans son témoignage, déclara qu'un tel comportement scandaleux est davantage toléré aujourd'hui en raison de la concurrence croissante, comparativement au moment où il a rejoint l'entreprise il y a de cela une trentaine d'années.

Menchetti, qui témoignait en faveur de DeGiacomo, déclara à la commission de jeu que lorsqu'il disait avoir oublié de placer un pari, DeGiacomo et les autres croupiers faisaient généralement preuve de complaisance. Selon la transcription de l'audience, il affirma qu'il n'avait jamais eu l'intention de voler (au mieux, cela l'amenait à rester plus longtemps à la table), mais qu'il s'attendait à un traitement spécial compte tenu de son niveau de jeu.

« A mon avis, cela n'est pas différent du fait que j'appelle mon hôte et que je lui demande un supplément de 2 500 points sur mon compte pour aller acheter quelque chose à Lux Bond & Green, » a-t-il dit, en se référant à un magasin de bijoux.

DeGiacomo affirma que Menchetti n'avait pas triché du tout et qu'ils avaient tous deux subis une sanction sélective, parce que certains de leurs supérieurs ne les aimaient pas.

DeGiacomo qui est toujours en train de se battre contre la décision de son licenciement, a déclaré que les règles différaient en fonction des joueurs, et que les superviseurs étaient encouragés à veiller à ce que les gros parieurs soient toujours satisfaits. Elle témoigna lors de son audition : « Je devais m'assurer que nous obtenions notre argent, et nous y arrivions chaque fois qu'il jouait. Il n'a probablement gagné que deux fois ».

Dans le cadre de l'enquête de la police d'État, l'inspecteur avait interrogé plusieurs croupiers qui disaient que Menchetti aurait tapé du poing sur la table, leur aurait crié dessus et les aurait insulté. Ils déclarèrent au détective que lorsque ce dernier ou d'autres gros parieurs demandaient à placer un pari tardif, ou pour tout autre type de problème, ils devaient en faire part à un supérieur.