Le pays de Poutine en guerre, mais contre le pari

Russell Potvin, 01 Nov. 2015
La Fédération de Russie est récemment entrée en guerre contre le pari illégal en ligne

Les sites de pari russes, situés aussi bien dans le pays qu'à l'étranger, ont été suspendus par les autorités fédérales de Moscou dans le cadre du renforcement des lois contre le pari initié par le gouvernement.

Cette semaine, Roskomnadzor, l'agence fédérale qui supervise les médias, a mis hors ligne plus d'une dizaine desites de jeu et de paris sportifs en ligne qui avaient été reconnus coupables d'avoir enfreint les lois du pari en Russie. Selon Bookmakers Rating, un site russe qui évalue les plateformes de jeu en ligne pour leur équité, cette situation a affecté plusieurs réseaux populaires comme 888poker, bwin.party, Ladbrokes et plus encore. Les sites bloqués par Roskomnadzor furent immédiatement ajoutés à la liste noire des domaines dont l'accès est interdit aux citoyens russes.

Poutine en a marre

En Russie, le pari est uniquement légal dans quatre régions spécifiques. En dehors de l'Oblast de Kaliningrad, d'Azov, du Kraï de l'Altaï et du Kraï de Primorié, placer des paris est une activité interdite dans le plus grand pays du monde.

Le pari en ligne est illégal partout, mais cet état de choses n'a cependant pas empêché des millions de Russes d'accéder aux casinos en ligne, car des opérateurs nationaux et internationaux ont continué à offrir des jeux dans la région. « Selon la loi, les citoyens russes ne sont pas autorisés à participer aux activités de pari et à la loterie ni en Russie ni à l'étranger, y compris sur internet », a récemment déclaré le Ministère des Finances.

Les autorités russes ont remarqué qu'il est presque impossible d'en finir avec le pari illégal en ligne tant que les sites continuent d'être créés. Pour faire face à cette situation, une nouvelle loi soutenue par le président Vladimir Poutine a récemment été introduite. Elle devrait effectivement sommer les banques d'arrêter de traiter les transactions des sites de jeux en ligne. Dans le même temps, le Kremlin est en train de faire pression sur Roskomnadzor pour régler les derniers détails sur internet.

Le large champ d'application des responsabilités de l'agence en fait l'un des plus grands départements de l'administration Poutine, étant donné que Roskomnadzor supervise et réglemente les communications, les technologies de l'information et les médias de masse, trois branches cruciales dans le contrôle qu'a Poutine sur les médias. Le fait que le président russe soutienne l'arrêt du traitement des transactions de sites de pari en ligne par les institutions financières pourrait surprendre certains, surtout si l'on considère que l'intéressé avait, selon certaines informations, envisagé la légalisation du poker en ligne l'été dernier. Cependant, comme c'est le cas avec tout ce qui concerne Poutine, il faut toujours s'attendre à un rebondissement.

Bientôt une loi ?

Tout espoir n'est pas perdu pour les Russes qui souhaitent parier en ligne. En fait, certains pensent qu'étant donné que le gouvernement a pris des mesures pour bloquer les sites véreux en 2015, cela pourrait conduire à la légalisation en 2016. Si la Fédération de Russie devait légaliser le jeu en ligne, la première étape serait de débarrasser internet des sites gratuits illégaux, après quoi seulement le processus d'accréditation et de régulation pourrait commencer. Poutine espère désespérément devenir la plus grande superpuissance planétaire, et il voudra surement exploiter toute opportunité qui lui permettrait d'augmenter ses chances d'y arriver. Sanctionner le monde du pari en ligne lui fournirait théoriquement des revenus supplémentaires qu'il pourrait utiliser.

« Vladimir Poutine a l'intention de rebâtir la Russie du temps des Tsars », avait déclaré en 2014 Bret Stephens, écrivain pour le Wall Street Journal. « Il veut venger l'humiliation historique qu'est à ses yeux l'effondrement de l'Union soviétique ». Les sanctions internationales ont continué d'isoler la Russie du reste du monde, ce qui signifie que la question d'une stabilité financière à long terme devra être discutée le plus tôt possible à Moscou.